ASSOCIATION ET RESEAU DEFIS ET PERSPECTIVES

By May 15, 2008 No Comments

Il est clair que les conditions qui ont rendu possible les partis politiques connaissent des mutations profondes et accélérées nécessitant par là même, non pas une reforme, mais le dépassement des schémas traditionnels d’organisation et d’analyse, et la création, en concertation avec les acteurs civils, de nouvelles formes de pratiques partisanes adaptées aux exigences de la citoyenneté participative et aux défis de la modernité.

Un pouvoir dément,supranational,indépendant,dénué de tout principe éthique et basé sur le seul profit et un certain productivisme ayant perdu toute finalité humaine est déjà en marche englobant et récupérant les états et les partis traditionnels, même socio démocrates,afin de cautionner sa logique néolibéral.

Si le capital global intégré peut ainsi facilement récupérer les partis, même de gauche traditionnelle , c’est parce qu’une certaine forme de totalisation est déjà inscrite dans leur organisation interne ;il y’a entre l’un et l’autre une certaine analogie qui procède par exclusion de toutes formes de singularités ,ces dernières sont de l’ordre du négatif pour un système capitaliste global essentiellement homogénéisant,et sont discréditées par la pensée et la pratique partisane cherchant le consensus et l’uniformisation pour fonder et légitimer sa représentativité .

Le parti, dans son approche traditionnelle, ne peut assumer les différences contradictoires, les positions minoritaires fondées et légitimes sans exploser de l’intérieur.

Il est certain qu’aucun devenir, aucun progrès réel, aucune résistance à cette massive fabrication de misère n’est possible sans pratiques collectives et individuelles qui en assurent et assument directement la promotion. Or, toute pratique collective et responsable de citoyenneté dépend du degré d’indépendance et de reconnaissance que conquièrent chaque groupe ou minorité sociale distincte, du fait qu’elle est seule apte à formuler les énoncés propres à son devenir en concertation des autres groupes formant le tissu social, et à partir de son expérience irréductible à toute forme de totalisation qui risque de décimer et d’effacer sa différence et son potentiel créatif.

Le devenir est une affaire de minorités, et les minorités sont multiples, elles ne sont pas porteuses de vérités microscopiques infinies comme on le prétend, mais seulement garants contre toute vérité unique fondée sur leur exclusion systématique. Les groupes et minorités se divisent en deux grandes classes :ceux qui militent pour la reconnaissance de leurs spécifiés légitimes et les droits qui en découlent(les Amazighs, les femmes ,les étudiants, les laïques….) et ceux qui subissent l’insuffisance du droit à leur égard ,la pure exclusion et la marginalisation (mères célibataires sans revenu, enfants mères,orphelins,chômeurs,chômeurs diplômés,drogués,malades de sida,les sans logement,les filles bonnes ,les enfants ouvriers,les exploités de tout genre,les pauvres, les handicapés physiques et mentaux ……) encore plus que les premiers ils n’ont aucun lieu propre au sein d’aucun parti traditionnel, et s’ils en ont un, c’est qu’ils sont déjà écrasés , indifférenciés et représentés par un tiers qui s’accaparent leur désir et parlent a leur place tout en les réduisant au silence.

Si les associations ont un avenir, c’est dans le sens où elles sont et seront capables de rendre compte de ces réalités afin que des agencements nationaux nouveaux verront le jour ; c’est dans le sens ou elles seront capables de créer des pratiques sociales adéquates à l’épanouissement et l’accomplissement des uns et à l’insertion des autres.

Face à un système homogénéisant se déployant sur le corps social global, il serait logique d’y répondre par des ripostes et résistances locales variables et transversales capables de le circonscrire et de le conjurer avec des moyens originaux locaux ; et c’est bien à travers ces expériences partielles et autonomes, à travers ces groupes de luttes locaux décidant par eux-mêmes et ayant cessés de déléguer leur responsabilités à un tiers que des agencements nouveaux verront le jour,des façons de voir ,d’être et de faire le monde s’épanouiront ,s’ouvriront comme des touffes d’herbes étranges et sauvages dispersées sur un terrain uniforme de gazon manufacturé.

Que ces expériences s’enrichissent et s’irriguent les uns les autres, c’est bien le rôle des réseaux, qui devront non pas unifier, mais affirmer les groupes positifs dans leurs diversités de façon à ce que chaque point de lutte puisse approfondir sa propre problématique et multiplier les énoncés de son désir. Ainsi, par exemple, un groupe constitué initialement autour d’un problème d’eau potable devrait parallèlement entamer une réflexion écologique et environnementale d’ensemble afin de déboucher sur des prises de consciences, des pratiques sociales et culturelles appropriées capables de préserver les ressources naturelles locales de toute privatisation ou surexploitation qui ruinerait à la fois le milieu et ses habitants.

Préserver les ressources locales par un renouvellement des pratiques sociales et culturelles, c’est déjà proposer et travailler sur des champs aussi divers que le droit, la jurisprudence, la science de l’environnement, l’éducation, la culture …..

C’est aussi la tache des réseaux de créer les conditions nécessaires pour des élaborations théoriques et pratiques visant à renforcer les institutions et la démocratie par la participation active et directe des citoyens,participation basée sur des pratiques sociales crées et décidées en concertation, par les groupes citoyens eux-mêmes .C’est l’unique façon d’échapper à la fois au dessein qui tente du coté de la mondialisation de décimer les collectivités subjectives en les uniformisant sous la forme d’entités intégrables, mimétiques , manufacturées et plates ; et à l’archaïsme qui tente de son coté de nous renfermer sur des positions obscures de type intégriste .

Mais il est aussi certain que toute tentation d’unification des différents groupes, organisations et associations, à travers une démarche consensuelle ne peut que réinstaurer les formes diverses de représentativité, de centralisation et de hiérarchie, néfastes à toute démocratie directe et à toute multiplication et profusion des domaines et formes d’intervention de l’acte politique et social.

Certes les associations doivent être des forces de propositions et de création institutionnelle, mais pour cela il faut qu’il se branchent sur les désirs des groupes, non pas pour prélever une élite et constituer une avant-garde, car cela ne se fait jamais sans exclusion de ses même groupes, mais afin de créer les conditions qui leur permettent d’agencer leur énoncés et leurs propositions par eux-mêmes, de se constituer comme acteurs de leurs propres subjectivités.

Essaimer partout des noyaux de prise de conscience : amicales de quartier, associations culturelles, artistiques, de femmes, de développement ….Essaimage de réflexions et réactions en chaîne, réseautage du corps social, ni centre ni périphérie, corps social respirant de tout ses ports.

Mjid RAMI – membre de l’association Al intilaka

 

 

 

 

 

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