” Afourer ” par Moha o M’hand

By May 20, 2008 No Comments

Au bout d’un an et demi seulement de son existence, le nouveau souk d’Afourer, dans la province d’Azilal mais à une vingtaine de kilomètres seulement de Béni Mellal, offre aujourd’hui un bel exemple de développement rural et régional. Grâce à lui, la toute petite ville nichée au pied de la montagne gagne petit à petit la réputation de grand marché régional, avec un rayonnement s’étalant des confins de la riche plaine de Tadla jusqu’aux vallées les plus reculées qui séparent le Moyen du Haut Atlas.

Cette réalisation n’a certes pas l’ascendant du projet hautement technologique de la Station de Transfert d’Energie par Pompage (STEP) qui démarrera cette année, confirmant davantage la réputation déjà ancienne d’Afourer comme grand centre de production hydro-électrique en aval du barrage de Bin El-Ouidane, mais elle constitue un nouveau moteur très profitable à l’économie de toute la région Tadla-Azilal.

Longtemps confiné sur la place centrale de la bourgade, Souk ” El-had d’Afourer ” faisait auparavant triste mine aux côtés de ses semblables de la région. Grands et petits commerçants le boudaient, fuyant poussière, pollution, exiguïté, encombrements et embouteillages. Les habitants eux-mêmes pâtissaient de toute la pagaille qui s’emparait chaque dimanche, jour du souk, de leur localité, et les sorties dominicales des touristes et des chasseurs, nationaux ou étrangers, étaient parfois gâchées par la traversée difficile de ce principal accès vers les belles montagnes de Tazerkount.

Aussi, le transfert du souk hors de la ville, à l’été 2003, est-il venu frayer d’autres perspectives. Depuis l’ouverture du nouvel espace, l’activité commerciale ne cesse d’augmenter, pour atteindre un véritable pic ces derniers jours, grâce bien sûr à l’approche de Aïd Al-Adha qui confirme à quel point ce transfert valait bien la peine d’être enfin décidé. La Commune n’aurait rien à craindre pour rembourser les 2,5 millions DHs empruntés auprès du FEC (Fonds d’Equipement communal) pour le nouvel aménagement, tant le projet montre déjà sa rentabilité. A titre d’exemple, la cession des droits d’accès qui était de 42 millions de centimes pour la première année, a été adjugée cette année pour 73 millions de centimes.

Dimanche dernier, à cinq jours de la grande fête, le nouveau souk donnait toute la mesure de son importance. Pour son deuxième Aïd seulement, il recevait près d’un millier de têtes d’ovins et de caprins, avec tout ce qui s’en suit comme activités adjacentes liées ou pas à la célébration du sacrifice. Ici nous sommes en plein pays des fruits et légumes, avec des étals rivalisant de formes, de couleurs et de saveurs. Vêtements, ustensiles, gadgets et autres produits transformés s’amoncellent sous les guitounes. L’affluence était telle que l’autorité locale a dû se mobiliser dès le lever du jour, pour gérer sur place de véritables convois de véhicules utilitaires et autres charrettes approvisionnant le marché.

Chez nous, la fête religieuse est aussi un événement économique des plus marquants. Car outre l’énorme marché de bétail qu’elle suscite, avec plus de 5 millions de têtes à sacrifier cette année dans le royaume, l’Aïd El-kébir stimule considérablement les autres commerces, en particulier dans les zones rurales où les souks hebdomadaires connaissent à l’occasion un regain d’activité sans précédent.

Alors que l’ancien souk d’Afourer s’étalait sur moins d’un hectare avec un coin où l’on vendait, même en période de l’Aïd, à peine 200 têtes de bétail, le nouveau dispose de cinq hectares aménagés, dont près d’un hectare entier accueille le bétail, les nouveaux abattoirs sans pareils dans la région et le débit de viande aux étals larges et espacés.

 Le créneau du caprin

 

Certes, le mouton de la région n’a ni la grâce ni la stature de l’emblématique ” Sardi ” de la Chaouya voisine, mais la qualité de sa viande et la modestie de son prix lui laissent l’avantage d’être prisé par les petites et moyennes bourses. Ces dernières, amplement majoritaires, trouveront d’ailleurs bien mieux dans le souk d’Afourer : les caprins, à la fois beaucoup moins chers et réputés bénéfiques, par leur viande et leur lait, contre le cholestérol.

Avec un peu de bonne volonté des intervenants de la filière agro-pastorale et les avancées de la culture sanitaire aidant, Afourer pourrait même, un jour, se spécialiser dans ce créneau d’avenir.

L’augmentation de l’offre et de la demande prend déjà de l’ampleur, et près du quart du troupeau introduit dimanche dans le souk était des boucs, des chèvres ou des chevreaux. De l’avis général, la végétation des montagnes avoisinantes, faite de chêne vert, de thuya, de poivrier sauvage et d’une multitude d’arbustes et plantes aromatiques, donne à la viande caprine saveur et tendresse, qualités rarement réunies en d’autres lieux. N’est-il pas grand temps que les boucheries de nos villes, et pourquoi pas les grandes surfaces, s’intéressent enfin à ce mammifère très typique de nos reliefs ? Un autre atout, et non des moindres, justifie encore l’ambition légitime du nouveau souk d’Afourer de s’emparer du leadership de grand marché régional. Il s’agit du fait qu’il se tient le dimanche, une chance que n’ont pas les souks historiquement prestigieux de toute la plaine de Tadla. Sebt Ouled Nemma se tient en effet le samedi, Larbâa Fqih Ben Salah, le mercredi, et Tlet de Béni Mellal s’anime le mardi au coeur d’une capitale régionale en expansion urbanistique. Bientôt les classes moyennes de ces villes et des environs découvriront une belle manière de passer leurs dimanches, avec des sorties en voiture qui joignent l’utilité des courses à l’agrément d’une promenade dans la nature idyllique qui borde la petite ville d’Afourer.

Si l’endroit bénéficie de plusieurs voies d’accès, dont notamment la belle route rectiligne qui le joint à la nationale 24 Marrakech-Fès, certaines, comme celles venant de Timoulilt ou celle venant d’Ouled Mbark le long du grand canal d’irrigation, nécessitent encore un effort de réfection. Devant les entrées du souk, l’espace parking attend aussi d’être aménagé. De préférence, le visiteur sans surcharge laissera la voiture à l’hôtel, pour prendre les chemins des oliviers.

Moha o M’hand

 

 

Leave a Reply